mercredi 26 février 2020

Le côté obscur de la généalogie



« Les gens heureux n'ont pas d'histoire », et c'est vrai, surtout en généalogie !

Combien de vies paisibles englouties dans la mémoire familiale, et dont je ne parviens à exhumer que les lieux et dates de naissance, de mariage et de décès. En revanche, quelques existences ont été plus mouvementées : crimes odieux, accidents tragiques, déchéance ... Parfois, le malheur s'acharne, parfois, certains ont fait de mauvais choix.
Tous nos ancêtres n'ont pas été valeureux, honnêtes, ou tout simplement épargnés par le destin. C'est une réalité à prendre en compte quand on commence à fouiller dans la vie de ceux qui nous ont précédés. Il m'est arrivé plus d'une fois de refermer l'ordinateur, dégoûtée ou bouleversée de ce que j'avais trouvé, me sentant un peu coupable d'avoir mis au jour un secret que de plus proches que moi avaient ignoré.

C'est pourquoi, sauf exception, je ne dévoilerai pas de noms dans cet article, et me contenterai de compiler le fruit de mes recherches, manière pour moi de laisser une trace de leur malheureuse histoire, ou de ne pas porter seule le poids de ces découvertes (certains disent que la généalogie est une thérapie gratuite).

J'ai déjà évoqué un criminel, qui sût heureusement se remettre sur le droit chemin, et sa première épouse, l'inénarrable Yvonne GALOPIN, dans Le mystérieux Monsieur LE BOUX - Histoire d'une rédemption

Dans le registre pénal, les fiches matricules militaires sont une mine de renseignements, car elles relatent les condamnations. Je trouve ainsi un collatéral par alliance condamné deux fois dans les années 1930 pour « attentat à la pudeur ». Ce vocable recouvre des réalités bien différentes , de l'adepte des galipettes champêtres, à l'homosexuel réprouvé, jusqu'à l'ignoble pédophile. De quoi s'agissait-il en l'occurrence ? Je n'ai pas voulu rechercher plus loin dans les archives judiciaires …

De temps en temps, la condamnation est plus détaillée et les articles de journaux l'explicitent davantage : un jeune homme s'était servi dans la caisse de l'association dont il était le trésorier. Il restitua les sommes détournées, et mourut en héros sur un champ de bataille en 1915 …

Il peut même s'agir d'un feuilleton judiciaire, telle l'affaire de ce qu'on appelait à l'époque des « débits borgnes », et qu'on appelle aujourd'hui des « bars à hôtesses ». Une arrière-arrière-grande-tante fût condamnée pour avoir tenu un établissement de ce genre à Saint Malo, en 1912.

Certains échappent à la justice des hommes, tel celui qui, au retour d'une nuit de beuverie, précipita sa femme dans l'escalier, sous les yeux de leurs trois fils. La malheureuse mourut sur le champ, et les trois enfants furent confiés à un oncle paternel. C'est la mémoire familiale qui fût seule dépositaire de ce crime impuni.

Je mentionnais plus haut les articles de journaux, ils sont riches en détails sur les suicides, accidents, infanticides, bagarres d'ivrognes et même scènes de ménage.

J'ai déjà publié sur ce site l'article concernant le décès subit de mon arrière-arrière-grand-père François BAILLEUL, victime d'une attaque alors qu'il travaillait sur un chantier à l'âge de 64 ans, en plein mois d'août.

Autre accident du travail, particulièrement atroce, qui frappa une cousine de ma grand-mère paternelle :



Les accidents domestiques ne sont pas rares non plus, surtout concernant les enfants :

Les suicides sont légion, et les journaux n'épargnent aucun détail glaçant : entre celui qui se pend avec un fil de fer barbelé ou celle qui se jette dans un puits, j'en compte déjà quatre dans les premières années du XXè siècle …

Les archives des services sociaux sont aussi intéressantes à consulter. Ayant découvert qu'une collatérale par alliance avait été confiée à l'Assistance Publique en 1916, j'ai voulu consulter son dossier pour savoir comment celui-ci se présentait.
Une gentille bénévole, habituée de ce genre de recherches, est allée aux Archives de Paris le photographier. J'aurais dû sentir dès le début qu'il y avait un problème : la bénévole me confie qu'elle est surprise de l'épaisseur du dossier !
Effectivement, plus j'avance dans sa lecture, et plus je regrette de l'avoir consulté …
Tout commence par la naissance d'une petite fille à Paris en 1916, de père inconnu. La mère ne l'abandonne pas, mais la délaisse clairement. On apprend au fil du dossier, que le nourrisson reste seul des heures dans l'appartement, avec sa cousine germaine du même âge, alors que les deux mères se prostituent en bas de l'immeuble avec des soldats en permission …
La mère n'oublie pas en revanche d'envoyer moult courriers aux services sociaux pour réclamer le paiement de secours.
L'enfant finit par lui être retirée et envoyée en province. Très jeune, elle est employée comme bonne. On continue dans le sordide, en apprenant qu'adolescente, elle est contaminée par la syphilis … Elle en guérira, se mariera et, devenue mère à son tour, écrira sans succès aux services sociaux pour savoir ce qu'est devenue sa mère.
Ce qu'est devenue sa mère, je le sais désormais, alors que sa propre fille ne l'a jamais su : elle est décédée en 1920, alors que sa fille n'avait que 4 ans …

Dans ma branche maternelle, cette fois, j'ai également une petite fille née en 1873, à Paris, à la Prison Saint Lazare, lieu de détention des prostituées. Sa mère n'a que seize ans. Seize ans …
« La prison de Saint-Lazare – Un arrivage dans la cour de l’Administration »,
en voitures cellulaires, Journal L’Illustration du 13 février 1897.

Là aussi, l'enfant lui sera retirée et envoyée au fin fond de la Bretagne. La petite fille grandira, se mariera, … et décédera trois jours après avoir donné la vie à une cousine germaine de ma grand-mère.

« Quelle famille ! » vous dites-vous … Rien de bien original, cependant : il suffit de s'intéresser aux différentes sources disponibles, et bien des histoires glauques remontent à la surface.
Pour contrebalancer, on trouve également (et surtout!) des mères de famille méritantes, des pères dévoués, des ascensions sociales remarquables, des héros de guerre, des familles unies …
C'est ainsi qu'à l'avenir, je vous raconterai des vies heureuses, ou du moins pas trop éprouvées, j'en ai plein en réserve, mais elles sont plus difficiles à reconstituer par nature !










1 commentaire:

  1. Bonjour, votre article est très intéressant, je pense que nous sommes nombreux à avoir découvert des cas similaires mais peu l'ecrivent. Pour ma part je m'intéresse à Brest, avec en 1880 avec 29 maisons de tolérance et près de de 900 filles soumises, on en trouve des vertes et des pas mûres. Ce n'est pas drôle mais intéressant sur le plan sociologique. C'est l'histoire vraie que les historiens ne racontent pas.

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