vendredi 22 février 2019

Julien GUEHO, le père inconnu




 


Mon grand-père, André Julien Marie CATHO, est né avec le siècle, le 2 janvier 1900, à Rennes (Ille et Vilaine), de père inconnu, ainsi que son frère Georges, cinq ans plus tard.
Ce n'est qu'en 1968, trois semaines avant son décès, qu'il a donné à sa fille (ma mère) certains éléments.
L’image contient peut-être : 2 personnes, personnes debout et plein air
Mon grand-père, André Julien Marie CATHO et une de ses filles, Jeanne CATHO, ma mère.

Originaire de Vannes, sa mère, Jeanne Marie CATHO, avait eu ses deux garçons avec le même homme, un entrepreneur en maçonnerie du Morbihan.
JEANNE MARIE CATHO
Jeanne Marie CATHO en 1909
Faute de nom ou d'autres informations, je m'étais résignée à laisser vierge un quart de mon arbre généalogique.

Et puis, en lisant des articles de généalogie à droite et à gauche, j'ai appris que fouiller du côté des témoins de l'acte de naissance pouvait donner une piste.
J'ai donc repris l'acte de naissance de mon grand-père André Julien Marie CATHO, et je me suis aperçue que le premier témoin s'appelait Julien GUEHO (tiens, le même prénom que mon grand-père), qu'il était domicilié 9 rue de Brest, comme la mère de l'enfant (une rapide recherche m'apprend que c'est un immeuble, donc il pouvait simplement s'agir d'un voisin compatissant ...ou plus !), et surtout, qu'il était maçon !
Pas de certitude absolue, mais beaucoup de points communs tout de même ...
La rue de Brest, à Rennes, vers 1900
De plus, en cherchant du côté de Jeanne Marie CATHO, je trouve l'acte de mariage de son frère à elle, à Vannes en 1893, et devinez qui est témoin ? Le même Julien GUEHO ! L'âge correspond, il est entrepreneur ...
J'échafaude aussitôt des hypothèses romanesques : le témoin et la soeur du marié se plaisent, il a 36 ans, elle en a 21, après quelques années à lutter contre leur attirance mutuelle, ils ont fui à Rennes cacher leur liaison ... Etait-il marié ?
L'Hôtel de Ville de Vannes vers 1893
Me voilà donc partie sur les traces de tous les Julien GUEHO du Morbihan, nés vers 1857, et ils sont nombreux ... Mais un seul est maçon : celui né à Sérent le 15 février 1857, et marié le 22 juin 1881 à Vannes avec Marie-Françoise PEDRON.
Je sais donc qu'il était marié depuis presque vingt ans quand mon grand-père est né, ce qui explique qu'il ne l'ait pas reconnu.

Désireuse d'en apprendre plus, je pense trouver la fiche matricule de Julien GUEHO en un rien de temps, sauf que … même en élargissant un peu les dates, pas de trace de mon Julien GUEHO dans les registres matricules du Morbihan, pas plus que dans ceux du Finistère, des Côtes d'Armor, de l'Ille et Vilaine, de la Loire-Atlantique, de Paris ...
Julien étant maçon, peut-être a-t-il dû effectuer un Tour de France pour apprendre son métier, auquel cas, à ses vingt ans, il a pu être recensé dans n'importe quel département français … 


En parallèle, je renoue avec une petite-fille de Georges CATHO, l'autre fils de Julien GUEHO ; ma cousine Patricia possède d'autres détails sur cette liaison, les voici :
Le couple Julien et Jeanne Marie est parti s'installer à Rennes quand Jeanne Marie s'est aperçue qu'elle était enceinte, donc au cours de l'année 1899. Ils se sont séparés après la naissance de Georges, lequel n'avait pas de souvenirs de son père. En revanche, mon grand-père André s'en souvenait ; c'est d'ailleurs pourquoi, quand sa mère s'est mariée avec un autre homme, il a refusé d'être reconnu par celui-ci.

Quelque temps après la séparation, Jeanne Marie est tombée sérieusement malade, et a dû être hospitalisée. Alors, Julien est revenu chercher ses fils et les a emmenés dans le Morbihan, pour que sa femme légitime, avec laquelle il n'avait pas pu avoir de descendance, s'en occupe.
Redoutant de perdre ses enfants, Jeanne Marie, bien qu'encore souffrante, quitte précipitamment l'hôpital, prend un train pour le Morbihan et va récupérer André et Georges au foyer de son amant et de la femme de celui-ci …
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La gare de Vannes vers 1900
Après cet épisode pénible, il semble bien que les enfants n'aient plus revu leur père.
Jeanne Marie se marie d'ailleurs en 1909, avec Jean-Marie LE BOUX, lui-même enfant naturel, dont je vous reparlerai dans « Le mystérieux Monsieur LE BOUX ».

Que deviennent Julien et sa femme, la conciliante Marie-Françoise ? A ce jour, je n'ai pas retrouvé le décès de Marie-Françoise, mais voici la triste fin de Julien GUEHO en juillet 1919 :



Dernière fuite de Julien GUEHO : bien que son décès soit relaté dans les nouvelles locales de Vannes, la mairie de Vannes ne trouve pas trace de son acte de décès, pas plus que la vingtaine de communes avoisinantes que j'ai interrogées … 

Le visage de l'insaisissable Julien GUEHO sera-t-il un jour connu de ses descendants ? Peut-être, mais le chemin sera tortueux.
Il me faut pour cela le retrouver dans les recensements de Vannes et de Rennes, ainsi que dans les autres communes où il a pu travailler et qui me sont inconnues pour le moment. Je connaîtrai ainsi ses employeurs de la période où il était salarié comme maçon.
Sachant qu'il était habituel à l'époque que les patrons se fassent photographier devant leur entreprise avec leurs employés au grand complet, il est possible que je mette la main sur une photo où figure mon arrière-grand-père.
D'ailleurs, son beau-père Jean-Marie PEDRON étant maçon dans le quartier de Bohalgo à Vannes, il est très possible que Julien ait travaillé avec lui.
Parallèlement, je vais chercher les descendants de la sœur de Julien, Michelle GUEHO, et les descendants du frère et de la sœur de Marie-Françoise, Joachim PEDRON et Jeanne PEDRON épouse LE FILLEUL.
Peut-être ceux-ci ont-ils conservé des photos de groupe où serait présent Julien GUEHO ? Il faut savoir que le dit Julien avait une véritable vocation de témoin ! Il figure en tant que tel sur nombre d'actes de naissance, mariage et décès de son entourage familial et de celui de sa femme.
Ce fait vient nuancer et enrichir le portrait moral de Julien : être choisi aussi souvent comme témoin par des personnes différentes accrédite l'idée d'un homme fiable, sympathique et disponible.
Si j'arrive à obtenir plusieurs photos, je pourrai peut-être identifier Julien par recoupements, éventuellement aidée de la description physique présente sur sa fiche matricule que je continue à chercher dans d'autres départements.

En conclusion, il ne faut jamais désespérer, surtout en généalogie. Dans certaines situations, un père inconnu peut être identifié, il suffit d'avoir un premier fil à tirer pour dévider une bonne partie de la pelote. Si un tel cas se présente à vous : interrogez, prenez conseil, réfléchissez, écumez les archives …
J'en profite d'ailleurs pour remercier à nouveau tous ceux qui m'ont aidée dans cette quête, et tous ceux qui m'aideront encore. D'ailleurs, si vous avez une suggestion de nouvelles pistes de recherches, faites m'en part, un œil neuf est souvent plus affûté !

3 commentaires:

  1. Bravo pour cette enquête ! J'ai eu un cas similaire d'un père inconnu que j'ai réussi à identifier car il était témoin dans un acte (https://autantdenosancetres.wordpress.com/2018/12/16/mon-enquete-sur-les-origines-de-theophile-paul-episode-3-3/)

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    1. J'ai dévoré vos trois articles, ils sont passionnants ! Vous aussi, vous avez réussi, après maints détours, à retrouver l'identité du "père inconnu, comme quoi, c'est faisable plus souvent qu'on ne croit, avec de la ténacité.

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    2. Merci beaucoup ! Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est toujours possible, mais dans un certain nombre de cas il existe une clé quelque part... Il faut juste la trouver !

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